BLEU DE CHAUFFE

ESPRIT WORKWEAR ET BLEU DE TRAVAIL

Lorsque l’on arrive à la porte des ateliers de Bleu De Chauffe, Vincent et moi sommes en avance d’au moins 30 minutes. Nous décidons d’entrer quand même pour repérer les lieux où nous pourrions filmer et discuter avec les employés. On déambule quelques minutes dans l’atelier, il sent remarquablement bon le cuir. Les personnes déjà à l’œuvre nous parlent de leur travail. Les boutades fusent et il règne dans cet atelier une bonne ambiance manifeste, une atmosphère familiale et la chaleur des lieux ne fait que renforcer cette sensation de foyer.

Il nous vient alors l’idée de vous faire visiter cet atelier comme l’on visite une maison, pièces par pièces, étapes par étapes, afin d’en saisir les nuances, le cachet et les histoires qui y sommeillent.

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Alexandre nous rejoint dans le hall, il est l’un des fondateurs de la marque. Il se propose de nous faire visiter les lieux.

En commençant la visite, il nous raconte l’histoire de bleu de Chauffe : «   Après être passé par des grandes marques en tant que designer d’objets, j’en ai eu ras le bol et j’ai voulu créer autre chose. ». C’est en 2009 que débute l’aventure. En poursuivant la visite, il nous parle de l’inspiration et de l’esprit qui nourrissent ses créations. Nous traversons l’atelier couvert par le bruit des machines, Alexandre salue les employés. Il poursuit son explication, « Nous nous sommes inspirés, pour les sacs, du milieu artisan des années 1950, de ceux utilisés par les plombiers, les postiers ou encore les électriciens. Nous avions envie de remettre au goût du jour ces sacs dans un esprit workwear, de les adapter aux outils d’aujourd’hui. Nous voulions également faire revivre ce goût pour les objets qui durent, ceux que l’on garde. »

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Nous arrivons dans la plus belle pièce de l’atelier, la salle où sont entreposés les peaux de cuir.

Comme dans un salon, nous nous accoudons aux cuirs rangés par couleurs sur de longues travées en bois. Alexandre nous présente les matériaux et nous explique d’où ils proviennent : « On est assez fier de pouvoir utiliser des cuirs végétaux produits localement, nous nous fournissons en partie dans une tannerie basée en Aveyron. ». Littéralement passionné par cette matière, il développe plus en détail l’élaboration des peaux qui ne sont pas traitées au chrome, la façon dont elles prennent leur couleur et la manière dont elles sont découpées.

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 La visite se poursuit dans la cuisine, la salle ou tous les sacs sont montés, c'est le véritable lieu de vie de l’atelier. On filme les mains qui glissent des bandes de cuirs sous les machines pour les assembler une à une.

Alexandre nous présente chacun des postes sur lesquels les maroquiniers circulent. Chaque machine a l’air unique pour lui, on sent que tout l’atelier également les affectionne. Elles sont là, presque comme des employés à part entière.

« On ne change pas nos vieilles machines, nous aimons tous ici leur empreinte et puis elles fonctionnement parfaitement, elles ne demandent pas trop de réglages. Une fois nous avons voulu changer, remplacer une machine à coudre par un modèle récent mais ça n’a pas été concluant. ».

Nous prenons le temps de discuter avec chacune des personnes qui travaille le cuir. Comme lors de la préparation d’un grand repas, l'une d'entre elles nous explique comment piquer des bretelles, d’autres nous montrent la manière dont on réduit les lamelles de cuir... Personne n’est réellement spécialisé dans une tâche, mais tous semblent passionnés.

Alexandre détaille tout le processus de conception d’un sac et nous avons le droit de voir quelques dessins, ceux des sacs qui sortirons bientôt. On nous montre aussi les étapes successives de la réalisation, de la découpe à la fixation des derniers rivets.

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Le reste de la maison se compose d’une succession de pièces, de la quincaillerie où une masse de tiroir, renferme toutes sortes de pièces métalliques, au cellier où logent, minutieusement rangés, les sacs prêts à être postés. Nous nous arrêtons dans cette espèce de garde-manger de sacs. Tout est en ordre et seul un ordinateur juché dans un coin nous fait changer de sujet.

On quitte le cuir pour le numérique et une discussion chère à TWELVE s’engage. On aborde avec Alexandre cette tradition qui peine à se convertir au numérique, un sujet récurrent en Aveyron et un véritable enjeu de territoire.

Il nous parle alors de son utilisation variable des réseaux sociaux et du plaisir qu’il prend à mettre en scène les produits pour le compte Instagram qu’il gère avec sa femme. Cette grande maison symbolise au plus haut point le caractère novateur de l’Aveyron, la transition entre l'artisanat, ses valeurs de qualité et le numérique.

Symbole d’une génération qui prône un retour à ses origines, nous quittons Bleu de Chauffe et Alexandre, confiants de savoir que derrière toute leur ambition se cachent les lecteurs de TWELVE.

Comme pour se dire au revoir, nous avons le droit de marquer un sac avec le logo de la marque figé sur des blocs de laiton.