LA RIVE

LA RIVE CREATEUR MAROQUINIERS

Par un après-midi de juin, nous nous sommes arrêtés à Conques avec Vincent pour prendre quelques clichés de l’abbatiale sous le soleil. Nous arpentons les ruelles ombragées. En passant devant une boutique, nous entendons, de nombreux rires et, sans hésiter, nous y entrons. Nous y trouvons deux maroquiniers qui rient aux éclats avec leurs clients. C’est cette image qui reste dans nos esprits lorsque l’on prend le temps de rencontrer Stéphanie et Emmanuel. À l’époque de la production à la chaîne, nous avons pris le temps de regarder le grain des cuirs, leurs nuances et de dessiner ensemble quelques pièces tout en discutant de l’implantation de l’atelier dans l’Aveyron...

 

 

Que faisiez-vous avant de devenir maroquiniers ?

Stéphanie  J’étais dessinatrice de jardins pendant treize ans en Suisse, du côté de Lausanne, car mon mari est originaire du Jura et nous résidions là-bas. Moi je suis d’ici (ndlr : de l’Aveyron), mais je n’y jamais vraiment vécu, nous sommes revenus récemment nous installer dans le coin.

Et toi Emmanuel…?

Emmanuel On va raccourcir, plutôt Manu, c’est moins strict ! J’étais automaticien dans l’industrie de l’emballage pendant quinze ans, à peu près ! 

 

Comment en êtes-vous arrivés à devenir maroquiniers ?

E À Conques, un maroquinier que nous connaissions a pris sa retraite et vu que Manu avait envie de travailler de ses mains pour retrouver un peu cette tradition manuelle jurassienne de l’artisanat, notamment la menuiserie, nous avons décidés de nous lancer. 

M  Au début, mon choix s’est porté sur la menuiserie. Mais l’opportunité qui s’est présentée m’a permis de découvrir le travail du cuir. 

L’apprentissage du travail du cuir a-t-il été compliqué

S On a eu la chance de pouvoir exercer toute notre vie des métiers qui nous plaisaient et qui nous aident aujourd’hui dans cette profession.

En terme de technique, comment vous êtes-vous formés ? 

M J’ai fait une formation de dix mois à l’AFPA, dans une filière qui se destinait principalement au travail du cuir dans le milieu du luxe.

J’imagine qu’après ça vous avez dû rapidement ouvrir l’atelier ? 

S  On a commencé les travaux en 2012 pour ouvrir au début de la saison estivale de 2012.

On a également ouvert pour la première fois la boutique de Conques. Nous pensions avoir assez de stock et finalement on s’est trouvé à coller des ceintures de sept heures du matin à minuit car nous n’avions pas assez produit ! 

M  On n’avait pas encore le recul sur les volumes à produire ! 

Cela a dû être une période compliquée ?

M et S Non, on n’a pas vu le temps passer, on était à fond dans notre projet ! 

Vous avez repensé votre manière de travailler suite à cela ? 

S  Non pas vraiment, tu sais, au début, on a voulu trancher avec l’ancienne génération qui travaillait au compteur.

M  On a tout changé par rapport au fonctionnement de l’ancienne boutique. 

M  On prend vraiment le temps, on se focalise plus sur la qualité de nos produits et sur la relation que l’on noue avec le client dans notre boutique. 

Le fait d’avoir choisi ce calme propre à l’Aveyron cela ne vous coupe-t-il pas de certains aspects du commerce ? 

S  Nous avons acheté l’atelier à mon frère. C’était un ancien magasin de motoculture. La localité s’est un peu imposée à nous. Je pense que l’on est reculés, mais aussi que l’Aveyron est un département où tout est nouveau, où l’on doit se faire connaître et où la population nous accueille bien sans forcément chercher à connaître plus en détail notre travail. 

M  La boutique de Conques reste tout de même notre moteur. La diversité des gens qui y passent nous permet de faire connaître notre travail. 

Grâce à cela nous avons pu envoyer des ceintures aux États-Unis et dans d’autres pays !

Votre éthique en est par ailleurs modifiée, j’imagine... 

M Oui c’est certain, on a plaisir à voir les gens acheter nos ceintures dans le but de les garder de longues années.

S  On ne veut pas particulièrement vendre en masse. On préfère fabriquer un produit que les gens vont pouvoir conserver plus de dix ans sans craintes. Le sur-mesure constitue d’ailleurs la majeure partie de notre travail.

M On réalise régulièrement des produits selon les demandes particulières des clients, pour vraiment coller à leurs besoins, dans un souci pratique comme sentimental.  La dernière fois, nous avons réparé le portefeuille d’un monsieur âgé qui ne voulait pas s’en séparer car sa femme le lui avait offert il y a longtemps. C’était, pour lui, un beau souvenir ! 

Comment choisissez-vous vos cuirs ?

S On a un problème avec nos fournisseurs, on ne commande jamais les cuirs en catalogue !

Du coup, on ne se base pas sur le prix mais sur le résultat, alors on essaie d’être super exigeants avec la qualité de notre cuir !

M On essaie de choisir nos cuirs en fonction de leur durabilité. Finalement, avec les commandes sur-mesure, on en vient à rechercher les tons de cuir que veulent les clients. On adapte également le type de cuir à l’utilisation que le client va en faire.

La diversité reste-elle un élément fort de votre travail ? 

M Oui, on a plaisir à voir toute sorte de clients boire un verre au coin de la boutique l’été ! 

Merci à vous deux ! 

http://larive-maroquinier.fr/

 

Merci à Bálint pour les photos.