QUENTIN TOURBEZ

IDEM NEVI

QUENTIN TOURBEZ
IDEM NEVI

« Saisis une opportunité même si tu n’y connais rien, tu apprendras à le faire plus tard ! »

C’est en paraphrasant Richard Branson qu’Idem Nevi me décrit l’état d’esprit qui l’a entraîné vers le monde de la musique. Il était au chômage depuis peu au moment où il a commencé à composer ses premières pistes, il est inspiré par la découverte des vibrations de la techno allemande au fil de ses soirées. Peu de temps après, un ami lui propose de faire partager ces premières compositions en live...

1. Mehdi Vivens


Rien ne prédestinait pourtant ce jeune Aveyronnais au caractère bien trempé à faire vibrer les enceintes des boîtes de nuit toulousaines. Et pour cause, Mehdi a grandi à Rieupeyroux, plus proche du cheptel bovin de son grand-père que des pistes de danse fiévreuses de la techno underground. Grâce à l’élevage d’un veau dans l’exploitation familiale, il finance ce qui restera à jamais sa première passion : la moto. Mehdi parcourt alors l’Occitanie de compétition en compétition, jusqu’à user les nerfs et les revenus de sa famille. « Mon père m’a dit : là on va ralentir, on ne peut plus suivre. »
Adolescent, il arpente avec la même détermination les trottoirs du centre-ville rieupeyrousain avec son nouvel exutoire : le BMX, moins dangereux et coûteux que sa moto 80cm3: « Si tu vas devant le cinéma à Rieuperoux , en haut des marches le « ledge » à droite est poncé (...) ça c’est moi et mon pote Romain ! (rires). » Toujours aussi assidu et mû par un enthousiasme sans limite, Mehdi atteint un niveau respectable et partage alors ses performances sur internet avec pour terrain de jeu favoris les centres-villes : « On roulait par tous les temps : sous la pluie, la neige, on s’en battait les ‘’cacahuètes ‘’ » (ndlr. Certains mots ont été changés pour préserver la vertu de cet article). Ces vidéos circulent jusqu’au jour où il est réveillé par un appel inattendu. Federal bikes offre son soutien à notre jeune rider rieupeyrousain, grâce à lui il pourra exporter ses tricks jusqu’aux rues de Brington et de Barcelone. Il noue pendant cette période ses plus fidèles amitiés. Cependant, vivre d’une telle passion est une chance rare, si le plaisir est là, l’argent, lui, commence à manquer. Mehdi doit trouver « un vrai travail », selon les termes d’usage. Son perfectionnement dans la pratique du BMX ne s’est pas fait au détriment de ses études. Il décroche en une poignée de semaines un emploi d’ingénieur, pour le plus grand bonheur de sa mère.

 

Il travaille plus, roule moins et le sponsor cesse logiquement ses offrandes. Sans jamais délaisser totalement cette passion Mehdi tournera, en quelques sorte, la page de la pratique qui aura épicé ses années d’études. Il garde néanmoins les amis, les souvenirs et la certitude que le destin sourit toujours aux plus persévérants. Ses acquis seront des partenaires précieux lorsque les synapses de Mehdi bouillonneront pour une nouvelle occupation présentant des décors plus... nocturnes.

2. Idem Nevi

« Je devais avoir 22 ans » lorsque les mélodies planantes et les basses sombres des producteurs, désormais incontournables, tels que Popof (FR), Paul Kalkbrenner (ALL) entre autres, parviennent aux oreilles de Mehdi, l’étincelle se créée. Déjà fort de découvertes comme Bloody Beetroots, Bart B More ou Gesaffelstein il continu à enchainer les soirées : Laurent Garnier, Recondite et tant d’autres concerts qui alimentent l’ambition d’un esprit à la recherche d’un nouvel élan créatif.

Un temps découragé par la complexité des logiciels de composition musicale, Mehdi reste du côté des « Allez là ! » et autres encouragements clamés par les foules d’amateur de son électronique.
Et puis... « Quand je bossais, il y avait des moments où je n’avais rien à faire. ». Sous l’impulsion d’un ami rider, Mehdi se lance dans les méandres de l’apprentissage de la production musicale sur Ableton, indétrônable logiciel de MAO (Musique Assisté par Ordinateur), cher au cœur de nombreux mélomanes.

Il compose alors sans matériel ni connaissances, avec un simple ordinateur et l’envie d’occuper son temps libre. Il lit des pages et des pages de tutoriel, aux toilettes, au travail, aux toilettes du travail. En atteste la pile impressionnante de feuilles écornées que Mehdi me présente pour illustrer son anecdote.

Une fois au chômage, le calendrier s’éclaircit et la technique s’affine. « En 2 mois j’avais fait le premier EP ». Toujours animé par la volonté de se révéler dans ses passions, Mehdi profite de l’invitation d’un ancien camarade de BMX pour s’initier à la pratique du live : « Je n’y connaissais rien (...) Pendant 2 semaines j’ai monté le live, pendant une semaine je l’ai répété 3 à 4 fois par jour et j’ai joué à la soirée. ». Il fera ainsi vrombir pour la première fois un système son lors de la soirée « Binary sound » organisée par le label du même nom.

Le nom « IDEM NEVI » est lancé et, comme précédemment, les soirées s’enchaînent, mais désormais c’est Mehdi qui reçoit les encouragements. L’Inox, le Cri de la mouette, la Dynamo, autant de noms de salles de concert familières aux noctambules toulousains où Idem Nevi laisse son empreinte grâce au soutien de Trans en Dance. Les instants sur scène s’enrichissent de rencontres édifiantes qui profilent de nouvelles opportunités : « Psaum, Chineur de techno, dealer de son, Oleeva Records... ».

Nous sommes le 3 mars 2016, Idem Nevi joue en live à la chapelle des Carmélites à Toulouse, à l’occasion de la soirée Chill’Art . Il y rencontre deux Toulousains passionnés de musique et créateurs d’un nouveau label au nom déjà populaire sur la toile.

Ophelie L. Photographie.

3. Chill Masters


Comme bon nombre des grandes idées de ce siècle, Chill Masters est né dans une chambre d’étudiant et s’est élevé par la volonté de passionnés
« On écoutait pas mal de son entre nous. Tout ce qui passait à la radio ça nous cassait les ‘’noisettes ‘’ » « On voulait partir de la passion, du fait de diffuser des sons qui n’étaient pas forcément super connus. On a commencé à réfléchir à comment on pourrait faire ça ». L’option de la radio leur paraissait dépassée nécessitant une technique et un financement importants pour un auditoire finalement limité. Nous sommes alors en 2013, les premières chaînes Youtube populaires diffusant de la musique de manière informelle commencent à émerger : The Sound You Need, Majestic etc. La profession de youtubeur voit tout juste le jour et c’est l’ensemble de la toile qui semble peser de plus en plus lourd dans le poids des médias de masse.
« C’était avant que Youtube ne se fasse racheter par Google, du coup, ils n’étaient pas très regardants sur les droits d’auteurs ». Jules, Clément et Léo passent ainsi plusieurs années à faire profiter aux internautes de leur chinage musical du moment. À chaque pépite trouvée dans les tréfonds d’Internet, la bande espère une effervescence, un engouement comme seule la toile peut en offrir. Une perle après l’autre, la chaîne Youtube devient populaire et l’aventure est lancée !
Au début des années 2010, la mise sur le marché des fameuses caméras Gopro combinée à l’essor des sons numériques ont bâti une nouvelle tendance. Les plateformes de partage de vidéos se sont soudainement remplies de productions qui présentent des athlètes performants sur fond de composition électronique. La vive connexion qui existe entre le sport et la musique est devenue très présente dans les événements populaires de ces dernières années, à l’image des X-Games aux États- Unis ou encore des Natural Games aveyronnais.
« On était quelques un dans le groupe à être vraiment portés sur les sports de glisse, ski, snow, surf etc.. ». L’idée d’un événement qui rassemble le sport et la musique infuse lentement dans l’esprit de nos passionnés. En collaboration avec All Bro’s, un magasin d’équipement de glisse toulousain, les Chill Masters organisent leurs premiers événements. Un rassemblement autour de jumps en neige fraîchement descendue des Pyrénées et des « chill-zones » en plein coeur de la ville rose ; un lac du pays Basque agrémenté d’infrastructures aquatiques ; ou bien encore des contests de ski à la montagne.. Le tout est accompagné de DJs sélectionnés par la maison. Rien n’est trop beau pour ces jeunes entrepreneurs qui ont à cœur de faire partager leur vision de la vie et de sa célébration. « On veut juste faire kiffer les gens. (...) On s’appelle Chill Masters mais en interne on ne chille pas du tout (rires). »
« L’aboutissement ultime de Chill Masters était d’atteindre les 100 000 abonnés » Aujourd’hui la chaîne Youtube en rassemble plus de 520 000, la fine équipe est installée au sein du quartier des Chalets à Toulouse dans une ancienne agence immobilière. L’atmosphère du lieu n’a rien à envier aux start-ups californiennes et l’énergie qui anime l’association ne semble avoir rien perdu de son leitmotiv original : la passion, la musique, le chill tout simplement. En guise de résultat de leur détermination à toute épreuve, cette « entreprise en devenir » signera l’aftermovie du Garorock 2017.
« La suite logique était l’ouverture du label dont on parlait depuis un moment »
Chill Masters Records voit le jour en 2015, Mehdi devient le second artiste à signer pour ce nouveau label, ensemble ils produisent un album nommé : Carmélites, en clin d’œil à leur rencontre. Avec des références allemandes que les puristes de la techno apprécieront tels que Paul Kalkbrenner, Boris Brejcha, Extrawelt ou encore Ellen Alien ; Idem Nevi nous promène dans les sous-sols brumeux de la musique électronique. Les basses sombres se mêlent à des mélodies aériennes, le tout rythmé par des boucles aux sonorités mécaniques : on a les pieds qui frappent le sol et la tête posée sur un nuage. Dix tracks minutieusement mixées structurent ce

premier album dont la sortie est prévue pour l’automne. Carmélites est bien entendu chaleureusement recommandé par toute l’équipe de Twelve magazine !

La croisée de ces deux histoires semble naturelle tant l’audace qui a tissée leurs liens paraît provenir de la même fibre : la volonté de s’imposer des défis que l’on pense insurmontables, se mettre volontairement en danger afin de sortir de sa zone de confort pour être en définitive forcé à se surpasser. Que la vieille garde se rassure, c’est bien dans l’urgence que la génération Y semble s’accomplir pour le mieux.

Rédaction : Gabriel Vernhes

Correction : Emma Bessettes et Nour Dahmani

Cet article n’aurait pas pu être écrit sans la participation des associations Valliue et Technomotion, un grand merci à eux ! Un clin d’œil également à Ophélie L. Photographie.